Compostage des biodéchets : fonctionnement, solutions et bonnes pratiques

Camille Temps de lecture : 11 minutes
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Compost avec des vers permettant la dégradation des biodéchets

En France, en 2024, selon une enquête nationale sur le tri à la source des biodéchets, menées par l’ADEME, 37,3 % de la population composte ses déchets alimentaires [1]. Cependant, l’enquête a également révélé que seuls 62,3% des personnes ayant répondu au sondage trouvent qu’ils sont correctement informés sur le tri et la valorisation des déchets alimentaires [1].

Nous vous proposons donc au travers de cet article comment fonctionne le compostage, quelles sont les différentes solutions qui existent et les coûts de cette solution de valorisation.

Le compostage, c’est quoi exactement ?

Le compostage est un processus naturel qui permet de transformer les biodéchets en une matière organique appelée compost, riche en nutriments. Cette transformation est possible grâce à des milliers d’organismes vivants présents dans la nature : bactéries, champignons, insectes, vers de terre et micro-organismes en tout genre.

Contrairement à la méthanisation, qui se déroule en absence d’oxygène, le compostage est un processus dit aérobie. C’est-à-dire qu’il a besoin de l’air pour fonctionner. Les organismes décomposeurs consomment progressivement la matière organique et la transforment en un amendement organique (à l’image du fumier ou de la cendre de bois), pouvant être utilisé pour enrichir les sols.

Le compostage est l’un des meilleurs exemples d’économie circulaire : les déchets organiques deviennent une ressource qui va à son tour nourrir les sols et de favoriser la croissance des végétaux.

Que devient la matière organique ?

Au fil des jours, les biodéchets vont progressivement perdre leur apparence d’origine. Les épluchures, les feuilles mortes, le marc de café ou les restes végétaux sont décomposés. Une partie de la matière organique est convertie en eau, en dioxyde de carbone (CO₂) et en chaleur. Le volume initial des déchets diminue, tandis que les nutriments restent présents dans le compost final. Une fois mature, le compost peut être utilisé dans les jardins, les espaces verts ou les cultures.

La durée du compostage dépend de plusieurs paramètres : nature des biodéchets, température, humidité, fréquence du brassage et bien évidemment du type de composteur utilisé. Dans de bonnes conditions, un compost frais peut être obtenu entre 2 à 6 mois. Cependant, il faut généralement compter entre 10 et 12 mois pour obtenir un compost bien mûr et stable, prêt à être utilisé au jardin et mis en contact direct avec les racines et les graines.

Les grandes étapes du compostage

Dans un premier temps, les micro-organismes vont commencer à dégrader les matières les plus facilement assimilables, Ceci provoque une augmentation rapide de la température. Cette phase dite active peut atteindre plus de 50 °C et contribue à éliminer une partie des agents pathogènes et des graines indésirables.

Une seconde phase de décomposition permet ensuite de transformer les matières plus résistantes, comme les fibres végétales ou les petits morceaux de bois. L’activité biologique reste importante mais la température diminue progressivement.

Enfin, le compost entre dans une phase de maturation. Les organismes du sol poursuivent leur travail jusqu’à obtenir une matière homogène, sombre et stable : le compost.

Le compost, oui, mais sous conditions !

Pour obtenir un compost de qualité, plusieurs conditions doivent être réunies.

Il est avant tout important de maintenir un bon équilibre entre les matières humides, riches en azote (épluchures, fruits, légumes, marc de café), et les matières sèches, riches en carbone (feuilles mortes, carton brun non imprimé, branches broyées). Cet équilibre permet aux micro-organismes de se développer efficacement.

L’aération est également essentielle. Un compost mal oxygéné peut, d’une part, produire de mauvaises odeurs mais surtout ralentir la décomposition. Il est donc recommandé de mélanger régulièrement le compost ou de veiller à ce qu’il reste suffisamment aéré.

Il ne faut pas non plus oublier l’humidité. Un compost trop sec ralentira l’activité biologique tandis qu’un compost trop humide risque de fermenter.

Enfin, la taille des déchets influence la vitesse de décomposition. Des biodéchets découpés ou broyés se décomposeront plus rapidement que des morceaux volumineux.

Les différents types de compostage

  • Le compostage domestique : C’est probablement la méthode la plus répandue auprès des particuliers disposant d’un jardin. Les biodéchets sont déposés dans un composteur voire directement en tas afin d’être dégradés naturellement par les micro-organismes. Il existe différents types de composteurs domestiques, comme les composteurs en bac (bois ou plastique) ou les composteurs rotatifs, qui facilitent le brassage de la matière et permettent une meilleure aération du compost.
  • Le lombricompostage : Cette méthode utilise des vers composteurs pour accélérer la dégradation de la matière organique. Elle est particulièrement adaptée aux appartements ou aux logements sans jardin (oui oui, même en intérieur !). 
  • Le compostage partagé : Le compostage partagé repose sur des composteurs collectifs installés au sein d’une résidence, d’un quartier, d’une école ou d’une collectivité. Plusieurs utilisateurs déposent leurs biodéchets dans une même installation. Il repose sur une mutualisation des équipements, mais requiert de la rigueur pour chaque utilisateur. Ces installations prennent souvent la forme de chalets de compostage ou de grands composteurs à plusieurs bacs permettant de gérer les différentes étapes de maturation du compost.
  • Le compostage électromécanique : Il utilise des équipements automatisés qui contrôlent la température, l’humidité et l’aération afin d’accélérer le processus de décomposition. Cette solution est principalement utilisée par les entreprises, les collectivités ou les établissements produisant d’importants volumes de biodéchets.
  • Le compostage industriel : Il est réalisé sur des plateformes spécialisées capables de traiter de grandes quantités de biodéchets provenant des collectivités, entreprises, restaurants ou exploitations agricoles. Les déchets sont collectés puis compostés dans des conditions contrôlées avant d’être valorisés sous forme de compost. Le compostage est généralement réalisé en andains (longues rangées de déchets régulièrement retournées pour favoriser l’aération), mais peut également être effectué en tunnels ou dans des installations fermées selon les technologies employées.

Compostage sur site ou collecte des biodéchets : que choisir ?

Le choix entre le compostage sur site et la collecte des biodéchets dépend principalement des volumes produits, de l’espace disponible et des ressources dont vous disposez. Le compostage sur site permet de valoriser directement les biodéchets à l’endroit où ils sont générés, limitant ainsi les transports et produisant un compost utilisable localement. Cette solution est particulièrement adaptée aux établissements disposant d’espaces verts ou aux structures produisant des quantités modérées de biodéchets. Si vous avez un positionnement de gestion locale, c’est également une solution qui peut grandement vous intéresser.

À l’inverse, la collecte vers une plateforme de compostage ou de méthanisation est souvent plus adaptée aux gros producteurs de biodéchets qui ne disposent pas de l’espace ou du temps nécessaires pour gérer un composteur. L’ADEME rappelle que la fréquence de collecte recommandée est d’une fois par semaine minimum [2].

Avantages et inconvénient du compostage

Le compostage présente des bénéfices à la fois environnementaux et économiques. Il permet avant tout de valoriser les biodéchets en créant une ressource utile et utilisable. Cette solution réduit la quantité de déchets à collecter et à traiter tout en limitant les transports associés. Le compost produit peut ensuite être utilisé pour améliorer la qualité des sols sans avoir recours aux engrais chimiques (ou du moins en moindre quantités). Il est relativement simple à mettre en œuvre, et se présente comme une méthode peu énergivore.

Malgré ces atouts, le compostage n’est pas exempt de contraintes. Le processus de décomposition est relativement long et peut nécessiter plusieurs mois avant d’obtenir un compost mature. Il demande également un suivi régulier afin de maintenir un bon équilibre entre les matières humides et sèches ainsi qu’une aération suffisante. En cas de mauvaise gestion, des nuisances peuvent apparaître (odeurs, nuisibles essentiellement).

Quels sont les coûts réels du compostage ?

Compostage en établissement

Le coût d’une solution de compostage dépend principalement du type de composteur choisi, du temps consacré à sa gestion et des volumes de biodéchets à traiter.

Pour un compostage en bac ou en tas, l’investissement est généralement faible. Selon une étude de l’ADEME [2], il est d’environ 80 € en moyenne, de nombreux établissements bénéficiant d’un composteur fourni gratuitement ou fabriqué sur place. À l’inverse, les solutions plus techniques (compostage électromécanique, chalet ou andain) nécessitent un investissement plus important, pouvant atteindre 7240 € en moyenne.

Le principal poste de dépense reste toutefois le temps consacré à la gestion du compost. Il faut compter 1 à 3 heures par semaine pour un compostage classique et 3 à 5 heures pour des installations plus complexes. En moyenne, cela représente un coût de fonctionnement d’environ 1 775 € par an pour un compostage en bac ou en tas, contre 3 300 € par an pour les autres solutions.

En tenant compte à la fois de l’investissement et du fonctionnement, le coût global annuel est estimé à 1 790 € pour un compostage classique et à 4 410 € pour les installations plus techniques. L’étude montre également que plus les volumes de biodéchets traités sont importants, plus le coût rapporté à la tonne diminue, grâce à des économies d’échelle.

Point important : les retours d’expérience sont globalement positifs. En effet, les établissements ayant mis en place le compostage déclarent le plus souvent une stabilité, voire une baisse, de leurs coûts de gestion des biodéchets. Les recettes issues de la vente de compost restent quant à elles très rares, le compost étant généralement utilisé directement sur place.

À titre indicatif, l’ADEME retient les durées d’amortissement suivantes pour les différentes solutions de compostage :

  • Compostage en bac : 5 ans
  • Compostage en tas : 5 ans
  • Compostage en chalet : 5 ans
  • Lombricompostage : 5 ans
  • Composteur rotatif : 7 ans
  • Compostage électromécanique : 7 ans
  • Compostage en andain : 10 ans

Collecte séparée des biodéchets

La collecte séparée nécessite généralement peu d’investissements, les bacs étant souvent mis à disposition gratuitement ou loués par le prestataire. Le principal coût provient de la prestation de collecte et de traitement des biodéchets (plus le temps consacré au tri par le personnel).

Selon l’ADEME, le coût global moyen d’une collecte séparée en établissement est estimé à 10 330 € par an, soit environ 340 € par tonne de biodéchets. Comme pour le compostage, le coût rapporté à la tonne diminue lorsque les volumes collectés augmentent. Enfin, près d’un établissement sur deux ayant mis en place une collecte séparée déclare avoir constaté une baisse de ses coûts de gestion des biodéchets.

Pour voir l’étude complète, nous vous conseillons de vous rendre directement sur la Librairie de l’ADEME.  

Le « OK / pas OK » des déchets à composter

Déchets à composterDéchets à éviter
Épluchures de fruits et légumesPlastiques, métaux et verre
Fruits et légumes abîmésProduits chimiques
Marc de café et filtres en papierCendres de charbon
Sachets de thé (sans agrafe)Litières minérales
Coquilles d’œufs écraséesBois traité ou verni
Pain en petites quantitésDéchets médicaux
Fleurs fanéesMégots de cigarette
Feuilles mortesHuiles et graisses en grande quantité
Tonte de gazon (en petites couches)Déchets non biodégradables
Branches et tailles broyéesCouches jetables et lingettes

Nous attirons votre attention sur le fait que les emballages dits « biodégradables » ou « compostables » ne sont pas tous compatibles avec le compostage domestique. Certains nécessitent des conditions spécifiques de température et d’humidité que seules les plateformes de compostage industriel peuvent fournir, afin de se dégrader correctement.

Sources :

[1] « Enquête nationale 2024 sur le tri à la source des biodéchets », https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8181-enquete-nationale-2024-sur-le-tri-a-la-source-des-biodechets.html

[2] « Couts de gestion des déchets alimentaires des producteurs non ménagers », https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/5637-couts-de-gestion-des-dechets-alimentaires-des-producteurs-non-menagers.html

Camille

Camille

Spécialiste des ressources naturelles et de l'économie circulaire

Camille explore les solutions qui permettent aux organisations de préserver les ressources naturelles et de construire des modèles plus circulaires. Elle partage des analyses, retours d’expérience et innovations pour accélérer la transition écologique.

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