Le lombricompostage : Comment ça marche ?

Camille Mis à jour le Temps de lecture : 9 minutes
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Vers composteurs rouges dans la terre

Les vers de terre font partie de ces petites bêtes qui peuplent notre jardin et que les enfants aiment observer. Derrière leur apparence quelque peu rebutante, ces habitants du sol jouent pourtant un rôle essentiel. En creusant leurs galeries, ils aèrent la terre, facilitent la décomposition de la matière organique et contribuent au maintien d’un écosystème sain et équilibré.

Mais saviez-vous que certains vers peuvent aussi transformer vos épluchures de légumes, votre marc de café ou vos coquilles d’œufs en un compost riche et naturel ? C’est tout le principe du lombricompostage : une méthode écologique qui permet de valoriser ses biodéchets, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels.

Dans cet article, découvrez comment fonctionne le lombricompostage, quels vers utiliser, leurs avantages et comment produire facilement un compost de qualité à partir de vos biodéchets.

Qu’est-ce que le lombricompostage ?

Le lombricompostage est une méthode de valorisation des biodéchets qui repose sur l’action de vers composteurs. En consommant les déchets organiques (épluchures de fruits et légumes, marc de café, sachets de thé, coquilles d’œufs broyées etc.), ces vers les transforment progressivement en un amendement (produit fertilisant) naturel appelé lombricompost ou vermicompost.

Ce qui le différencie du compostage traditionnel, qui fonctionne principalement grâce à l’action de micro-organismes, c’est que la décomposition est accélérée grâce au travail combiné des vers, des bactéries et des champignons.

Cette solution est particulièrement adaptée aux personnes ou organisations ne disposant pas d’un jardin. Compact, peu odorant (lorsqu’il est bien entretenu !) et facile à utiliser, le lombricomposteur peut être installé en appartement, sur un balcon, mais aussi dans des bureaux ou même des établissements scolaires.

Quels vers pour un lombricomposteur ?

Ne partez pas à la chasse aux vers dans votre jardin : tous les vers de terre ne conviennent pas au lombricompostage. En effet, les gros vers que l’on trouve en creusant dans le jardin vivent en profondeur et se nourrissent principalement de matière organique déjà présente dans le sol. Les lombrics communs sont ce qu’on appelle des vers laboureurs. Ils ne survivent généralement pas dans un lombricomposteur.

Les espèces les plus adaptées sont les vers composteurs, qui vivent naturellement dans les couches superficielles riches en matières organiques en décomposition. Les trois espèces les plus utilisées sont Eisenia fetida (ver du fumier, ver rouge ou ver tigré),son cousin Eisenia Andrei (ver rouge)et Eisenia Hortensis (ver dendro pour la pêche).  Tous sont des espèces épigées, qui vivent en surface.  

Ces vers présentent plusieurs caractéristiques qui les rendent particulièrement efficaces pour la fabrication du compost :

  • Ils se reproduisent rapidement : la population est capable de doubler tous les 2 à 3 mois !
  • Ils consomment quotidiennement une quantité importante de déchets organiques, soit près de la moitié de leur poids. 1kg de vers peut donc transformer jusqu’à 500g de déchets par jour.
  • Ils supportent des conditions difficiles (température, humidité, acidité des sols etc.) et peuvent vivre jusqu’à 3 ans.

La solution la plus simple pour vous procurer des vers de compost est de récupérer quelques vers auprès d’une personne possédant déjà un lombricomposteur. Il existe aussi une plateforme en ligne, plus2vers.com , vous permettant de trouver des donateurs de vers près de chez vous. Si vous êtes courageux et que vous habitez en campagne, vous pouvez également en récupérer à proximité de tas de fumiers. Enfin, de nombreuses boutiques en ligne proposent la vente de vers de compost.

Comment fonctionne un lombricomposteur ?

Les véritables acteurs de la décomposition sont les micro-organismes (bactéries, champignons et autres organismes microscopiques). Les vers composteur sont là, eux, pour accélérer ce phénomène en fragmentant la matière organique et en stimulant l’activité microbienne.

Concrètement, les biodéchets sont déposés dans le lombricomposteur. Les vers composteurs les ingèrent avec les micro-organismes déjà présents à leur surface. Au cours de leur digestion, la matière organique est broyée, mélangée et transformée grâce à l’action combinée des enzymes digestives des vers et des bactéries présentes dans leur tube digestif.

Les déjections des vers, appelées turricules, constituent le lombricompost. Elles sont riches en humus, en nutriments assimilables par les plantes (azote, phosphore, potassium) ainsi qu’en micro-organismes bénéfiques qui améliorent la fertilité et la structure des sols.

En parallèle, l’eau contenue dans les biodéchets s’écoule progressivement vers le fond du lombricomposteur. Chargé de composés organiques et de nutriments solubles, ce liquide est appelé thé de lombricompost ou lixiviat, selon son mode de récupération. Une fois dilué, il peut être utilisé comme fertilisant liquide pour certaines plantes.

Pour fonctionner efficacement, un lombricomposteur doit reproduire les conditions naturelles de vie des vers composteurs :

  • Une température comprise entre 15 et 25 °C,
  • Un substrat humide mais bien aéré,
  • Un apport équilibré entre matières humides (déchets alimentaires) et matières carbonées (carton brun, papier non imprimé),
  • Une bonne oxygénation afin d’éviter les fermentations anaérobies responsables des mauvaises odeurs.

Dans ces conditions, les vers se nourrissent en continu, se reproduisent rapidement et transforment progressivement les biodéchets en un amendement organique de grande qualité.

Comment démarrer un lombricomposteur ?

  1. Choisir un emplacement adapté : Installez le lombricomposteur dans un endroit à l’abri du soleil direct, des fortes chaleurs et du gel. Un garage, une buanderie, une cave, un balcon ombragé ou même une cuisine peuvent convenir.
  2. Préparer la litière : Avant d’ajouter les vers, il est nécessaire de créer un habitat proche de leur milieu naturel. Déposez une couche de carton brun déchiré, de papier non imprimé, de fibre de coco ou de feuilles mortes légèrement humidifiées. La litière doit être humide, sans pour autant être détrempée.
  3. Introduire les vers composteurs : Ajoutez les vers sur la litière. Ils s’enfouiront rapidement à l’abri de la lumière. Il est conseillé de commencer avec une population suffisante afin que la décomposition des déchets soit efficace dès les premières semaines.
  4. Ajouter progressivement les biodéchets : Les premiers jours, déposez de petites quantités de biodéchets afin de laisser le temps aux vers et aux micro-organismes de s’adapter. Augmentez progressivement les apports en fonction de la vitesse à laquelle les déchets sont consommés.
  5. Entretenir le lombricomposteur : Le bon fonctionnement du lombricomposteur repose sur quelques gestes simples : maintient d’une humidité constante, ajout régulier des matières carbonées (carton, papier), pas de suralimentation des vers, mélange léger de la surface si nécessaire.

On dit qu’il faut compter entre 3 et 6 mois, selon les conditions et les apports, pour obtenir un lombricompost prêt à être utilisé au jardin ou pour les plantes d’intérieur.

Le lombricomposteur : pour particuliers ou professionnels ?

Le lombricompostage en appartement ou maison

Le lombricompostage est particulièrement adapté aux logements ne disposant pas de jardin. Lorsqu’il est correctement entretenu, il ne dégage pratiquement pas d’odeurs et permet de réduire une partie importante des biodéchets produits par un foyer. Le lombricompost obtenu peut ensuite être utilisé pour les plantes d’intérieur, les jardinières ou un potager aromatique.

Le lombricompostage professionnel

Le lombricompostage ne se limite pas aux particuliers souhaitant recycler leurs épluchures.  Les restaurants, cantines, commerces alimentaires, hôtels ou entreprises produisent eux aussi quotidiennement des quantités importantes de biodéchets. Pour ces établissements, des lombricomposteurs de plus grande capacité permettent de valoriser une partie des déchets directement sur site.

Le lombricompostage industriel

À plus grande échelle, certaines entreprises exploitent des unités de vermicompostage capables de traiter plusieurs tonnes de matières organiques. Les biodéchets sont déposés sur de longs lits ou dans des installations spécialement conçues pour accueillir des millions de vers composteurs.

Le lombricompostage agricole

Le secteur agricole utilise également le lombricompostage pour valoriser différents résidus organiques, tels que les fumiers, les effluents d’élevage solides, les résidus de culture ou certains coproduits agroalimentaires, après une phase de préparation si nécessaire.

Le lombricompost obtenu est reconnu pour améliorer la structure des sols, stimuler l’activité microbienne et favoriser la disponibilité des nutriments pour les cultures. Certaines exploitations développent également cette activité afin de produire et commercialiser du lombricompost ou des vers composteurs, que des particuliers peuvent acheter.

Quel est le coût d’un lombricomposteur ?

Pour un particulier, l’investissement reste relativement limité. Un lombricomposteur domestique coûte généralement entre 50 et 200 €, auxquels s’ajoutent l’achat des vers composteurs (environ 20 à 50 €). Les frais d’entretien sont ensuite très faibles, puisqu’il suffit d’ajouter régulièrement des matières carbonées (carton, papier) et de veiller à maintenir une bonne humidité. 

Pour les professionnels, les collectivités ou les établissements de restauration, le budget est bien plus conséquent. Il faut prendre en compte :

  • L’achat ou la location du lombricomposteur,
  • La population initiale de vers,
  • L’installation et la mise en service,
  • La formation des utilisateurs,
  • Le temps consacré au suivi et à l’entretien.

Selon la taille de l’installation, le coût peut varier de quelques milliers d’euros pour un lombricomposteur collectif à plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros pour une unité industrielle automatisée.

Le lombricompostage n’est donc pas toujours rentable. Il arrive que la collecte par un prestataire spécialisé reste la solution de valorisation la plus économique. Avant de choisir cette solution, nous vous recommandons donc d’évaluer votre production de biodéchet, l’espace disponible, les ressources humaines en interne pour le suivi et les débouchés pour le lombricompost que vous produiriez. Dans de nombreux cas, le lombricompostage constitue davantage un choix environnemental qu’une décision motivée par une réduction des coûts.

Camille

Camille

Spécialiste des ressources naturelles et de l'économie circulaire

Camille explore les solutions qui permettent aux organisations de préserver les ressources naturelles et de construire des modèles plus circulaires. Elle partage des analyses, retours d’expérience et innovations pour accélérer la transition écologique.

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