Tout savoir sur la loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire)

Clemence_SEO Temps de lecture : 11 minutes
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Plante qui pousse

Adoptée en février 2020, la loi AGEC (ou loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire ou loi n°2020-105) transforme fondamentalement la manière dont les entreprises produisent, consomment et gèrent leurs déchets. Son objectif est simple : passer d’un modèle linéaire « Extraire -> Produire -> Consommer -> jeter » à un modèle circulaire pensé pour limiter le gaspillage et tirer le meilleur parti des ressources existantes.

Découvrez ce que la loi AGEC change concrètement pour les entreprises : obligations, impacts opérationnels, objectifs, limites etc.

L’économie circulaire … qu’est-ce que c’est ?

L’économie circulaire est un modèle économique qui vise à sortir du « tout jetable » et à préserver au maximum les matières premières et les ressources naturelles.

Vous avez sûrement déjà entendu parler de « boucle » : l’idée est de faire circuler les ressources le plus longtemps possible dans l’économie, plutôt que de les éliminer après un seul usage. Le but de l’économie est de fonctionner dans une sorte de « circuit fermé » : on limite ce qui sort de ladite boucle (les déchets) mais aussi ce qui y entre (les matières premières et ressources naturelles surexploitées).

Cela implique de :

  • Réduire l’extraction de nouvelles ressources, en privilégiant ce qui existe déjà , et remplacer l’achat systématique de neuf par des solutions de réemploi ou de reconditionné
  • Optimiser l’utilisation des produits, en favorisant la réparation, le réemploi ou même le partage / la mutualisation des équipements
  • Valoriser les déchets, en les transformant en nouvelles matières grâce au recyclage

L’économie circulaire offre un changement de paradigme : on ne réfléchit plus à « que faire de nos déchets ? », mais « comment éviter qu’ils le deviennent ? ».

On confond souvent économie circulaire et sobriété. Dans les faits, elles répondent à deux logiques différentes mais totalement complémentaires. D’un côté, la sobriété limite les volumes (moins de produits, donc moins de flux). De l’autre, l’économie circulaire optimise ce qui reste, via le réemploi, la réparation, le recyclage etc. C’est finalement un jeu d’équilibre entre l’offre et la demande : le consommateur doit consommer de manière plus responsable, et les acteurs de l’économie doivent limiter l’exploitation des ressources.

Les 5 grands Axes de la loi

La loi AGEC ne repose pas sur une seule mesure, mais sur une transformation globale du système. Elle s’articule autour de 5 grands axes qui couvrent l’ensemble du cycle de vie des produits.

1. Sortir du plastique jetable

Objectif : réduire drastiquement les déchets à usage unique. Cela passe par l’interdiction progressive de certains plastiques (pailles, couverts, emballages…) et le développement d’alternatives plus durables.

2. Mieux informer les consommateurs

Objectif : rendre l’impact des produits visible. On retrouve la mise en place de dispositifs comme l’indice de réparabilité, pour encourager des choix plus responsables et favoriser des produits durables.

3. Agir contre l’obsolescence programmée

Objectif : allonger la durée de vie des produits. Cela passe par la réparation, la disponibilité des pièces détachées et des incitations à concevoir des produits plus durables.

4. Produire autrement (éco-conception)

Objectif : agir dès la conception des produits. Intégrer des matériaux recyclés, limiter les emballages, et penser des produits plus durables, réparables et recyclables.

5. Mieux produire

Objectif : intégrer l’impact environnemental dès la conception. Éco-conception, réduction des emballages, utilisation de matières recyclées : produire autrement devient une nécessité.

Retrouvez les textes de loi de la loi AGEC ici et les explications ici.

Les obligations de la loi AGEC pour les entreprises (mise à jour 2026)

La loi AGEC impose aux entreprises une transformation progressive de leurs pratiques. Outre les grands principes, elle se traduit par des obligations concrètes à chaque étape du cycle de vie des produits.

Mieux gérer et valoriser ses déchets

La gestion des déchets est l’un des premiers leviers d’action. Les entreprises doivent désormais mettre en place un tri à la source, notamment pour les biodéchets, dont la valorisation est obligatoire depuis 2024. Cela implique d’organiser des flux distincts et de s’appuyer sur des filières adaptées, qu’il s’agisse de recyclage, de compostage ou de méthanisation.

En parallèle, la loi impose une traçabilité précise. Les entreprises doivent être en mesure de justifier le traitement de leurs déchets, via des documents de suivi et des prestataires agréés.

Concrètement, cela concerne tous les secteurs. Une entreprise du BTP doit trier ses déchets sur chantier, un restaurant doit valoriser ses biodéchets, et même les bureaux doivent organiser le tri des papiers et emballages. Le déchet n’est plus une simple sortie de flux : il devient une ressource à gérer et à valoriser.

Interdiction de détruire les invendus

Depuis 2022, la destruction des invendus non alimentaires est interdite. Les entreprises doivent désormais trouver des solutions pour donner, réemployer ou recycler leurs produits.

Cette obligation a profondément modifié certaines pratiques, notamment dans le secteur du textile, de l’électronique ou du e-commerce. Les entreprises doivent anticiper la gestion de leurs surplus et structurer des partenariats avec des acteurs qui donneront une seconde vie aux produits.

Par exemple, une enseigne de distribution peut orienter ses invendus vers des associations, tandis qu’un e-commerçant doit prévoir des solutions pour ses retours produits. Cette évolution impose une meilleure gestion des stocks et une réflexion en amont sur le cycle de vie des produits.

Responsabilité élargie du producteur (REP)

Le principe de responsabilité élargie du producteur oblige les entreprises à prendre en charge la fin de vie des produits qu’elles mettent sur le marché. Cela se traduit par l’adhésion à une filière REP, le paiement d’écocontributions et la déclaration des volumes commercialisés.

Les entreprises doivent également intégrer des critères environnementaux dès la conception des produits : recyclabilité, réparabilité, limitation des impacts. Cette logique pousse à repenser les produits dans leur globalité.

En 2026, ce dispositif continue de s’étendre à de nouveaux secteurs, notamment les emballages professionnels. Les exigences deviennent plus fortes, avec un suivi accru des performances environnementales.

Réduction des plastiques et des emballages

La loi AGEC prévoit une réduction progressive des plastiques à usage unique, avec un objectif de disparition à l’horizon 2040. Les entreprises doivent limiter les emballages, intégrer davantage de matières recyclées et développer des solutions de réemploi.

Dans certains secteurs, comme la restauration ou la vente à emporter, les professionnels doivent accepter les contenants réutilisables apportés par les clients. Le développement du vrac et des systèmes de consigne s’accélère également.

Ces évolutions ont un impact direct sur la chaîne logistique et les coûts. Elles obligent les entreprises à repenser leurs emballages, mais aussi leurs fournisseurs et leurs modes de distribution.

Transparence et information des consommateurs

La loi AGEC renforce fortement les obligations en matière d’information. Les entreprises doivent fournir des données claires sur la réparabilité, la durabilité et la composition des produits.

Cela passe notamment par l’affichage de l’indice de réparabilité, qui sera progressivement complété par un indice de durabilité, mais aussi par des informations sur les substances potentiellement dangereuses. Les consignes de tri doivent également être visibles et compréhensibles.

Au-delà de l’aspect réglementaire, cette transparence devient un enjeu stratégique. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à l’impact des produits, et les entreprises qui jouent le jeu peuvent en faire un véritable levier de différenciation.

Et en 2026 … ?

L’année 2026 marque une accélération dans la mise en œuvre de la loi AGEC. Plusieurs évolutions viennent renforcer les obligations existantes, notamment l’extension des filières REP à de nouveaux flux comme les emballages professionnels.

Les exigences en matière de traçabilité ou de recyclabilité se renforcent également, avec des contrôles plus stricts. Par ailleurs, certaines restrictions liées aux plastiques, notamment les microplastiques dans certains produits, entrent progressivement en vigueur.

Dans ce contexte, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’ajustements marginaux, qui interviennent en correctif. La conformité à la loi AGEC devient un enjeu structurant, qui implique de repenser ses pratiques, mais aussi de s’entourer des bons partenaires pour déployer des solutions concrètes.

Quel bilan jusqu’à maintenant ?

En 2024, selon Zero Waste France, France Nature Environnement, No Plastic In My Sea, Les Amis de la Terre France et Surfrider Foundation Europe, la loi AGEC présentait un bilan contrasté. Si elle a permis de poser les bases d’un nouveau modèle fondé sur l’économie circulaire, sa mise en œuvre concrète reste inégale et parfois décevante.

D’un côté, certaines avancées sont indéniables. La loi a structuré de nouvelles filières de responsabilité élargie du producteur (REP), renforcé l’information des consommateurs et amorcé la sortie progressive de certains plastiques à usage unique. Elle a également contribué à faire émerger de nouvelles pratiques autour du réemploi, de la réparation et de la gestion des déchets. Mais dans les faits, les résultats restent nettement en deçà des ambitions initiales.

Le manque de contrôles et de sanctions, les pressions des industriels pour réduire les obligations ainsi que les retards dans la mise en œuvre de certaines mesures (tri des biodéchets, développement du réemploi, réduction des emballages), freinent son efficacité.

Pour lire le bilan complet, c’est par ici.

Polémiques et limites

Première limite majeure : l’absence de contraintes sur la surproduction. La loi agit principalement en aval (recyclage, gestion des invendus), mais ne fixe pas d’objectifs clairs de réduction des volumes mis sur le marché. Résultat : la production de biens neufs continue d’augmenter, notamment dans des secteurs comme la fast fashion, où les collections se multiplient à bas coût.

Certaines mesures peinent également à produire des effets concrets. Le réemploi des emballages reste encore marginal, l’interdiction de destruction des invendus est difficile à contrôler, et la transparence sur l’impact environnemental des produits demeure limitée dans les faits.

Le dispositif fiscal lié aux dons d’invendus cristallise particulièrement les critiques. Depuis 2022, les entreprises peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt allant jusqu’à 60 % de la valeur des produits donnés. Si l’objectif est de favoriser le réemploi, ce mécanisme est accusé de créer un effet d’aubaine, en particulier pour les acteurs de la fast fashion.

Des entreprises comme Decathlon, Kiabi ou Shein figurent parmi les principaux bénéficiaires. Dans certains cas, les montants sont significatifs : plusieurs centaines de milliers d’euros d’avantages fiscaux, voire davantage selon les estimations. Pour certaines enseignes, le don devient ainsi un levier économique et d’image, sans remise en cause du volume de production.

Dans ce contexte, la surproduction peut rester rentable, ce qui va totalement à l’encontre de l’objectif initial de réduction des déchets et à la notion de sobriété que nous évoquions plus haut dans cet article.

Autre effet indirect : la saturation du secteur associatif. L’afflux d’invendus neufs issus des grandes marques modifie les équilibres, au point que certaines structures refusent désormais des dons de particuliers. Le système favorise ainsi l’écoulement de surplus industriels plutôt que le développement d’une seconde main plus diffuse.

Enfin, l’essor de plateformes spécialisées dans la gestion des invendus illustre une tendance de fond : la gestion des surplus devient un marché à part entière, signe que le problème est certes mieux organisé… mais bien loin d’être réduit.

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